Joëlle Cuvilliez — quand le livre Buen Camino devient un chemin de rencontres

NALOWS — Saison 2, épisode 1 : Joëlle Cuvilliez — aller vers les lecteurs

Un chapeau, deux sacoches remplies de livres et une trajectoire volontairement incertaine. À l’été 2025, Joëlle Cuvilliez traverse les routes de France à bicyclette pour partager Buen Camino, un récit né du chemin de Saint-Jacques de Compostelle, dans une tentative concrète de faire circuler le livre autrement.

Joëlle Cuvilliez ouvre la saison 2 de NALOWS avec une expérience de terrain au contact des lecteurs.

En pleine route, Joëlle Cuvilliez avance seule, portée par une idée qui tient autant de l’intuition que de l’expérience vécue. Son projet est basé sur un principe simple : échanger un livre contre un hébergement pour la nuit. Ce qu’elle appelle elle-même « un lit contre un livre ».

Ce geste, qui pourrait sembler théorique, se confronte immédiatement à la réalité. Les portes ne s’ouvrent pas facilement. Elle le constate sans détour. Le plan initial se heurte à une forme de résistance, à une distance propre au contexte. Pourtant, ce qui ne se réalise pas dans l’échange prévu se transforme ailleurs. Les échanges adoptent une autre dynamique, plus lente, plus centrée sur la parole.

Buen Camino sur les routes de France : une expérience de terrain

Sur les routes, sa présence interroge. Une femme seule à vélo, chargée de livres, suscite des réactions immédiates. Les questions sont directes, parfois étonnées, souvent bienveillantes. Elle répond, explique, puis évoque naturellement l’origine de cette démarche. Le livre apparaît alors, non comme un objet à vendre, mais comme le prolongement d’une expérience vécue.

Couverture du livre Buen Camino de Joëlle Cuvilliez

Livre Buen Camino, Joëlle Cuvilliez, Éditions Douro, collection Littéralité

 

Une rencontre sur le chemin : quand le livre crée du lien

Une rencontre, en particulier, éclaire cette dynamique. Dans une charcuterie de village, un homme engage la conversation. Il croit reconnaître en elle une marcheuse du chemin de Saint-Jacques. Elle corrige, précise qu’elle est à vélo, puis sort un exemplaire de son livre.

L’échange bascule. L’homme, à son tour, identifie des éléments. Il a lui-même parcouru ce chemin. Il décrit des sensations précises, des gestes, des moments que Joëlle Cuvilliez connaît déjà. La conversation ne porte plus sur le livre, mais sur une expérience commune. Le récit devient partagé.

Cette rencontre va au-delà des attentes initiales. Le projet de troc matériel se transforme en une interaction plus profonde. Le livre agit comme un point de connexion. Il permet d’ouvrir un espace de dialogue, de faire émerger des récits parallèles, parfois inattendus.

Tout au long de ces conversations, une réalité supplémentaire émerge. Le livre trouve son public, non pas par le biais d’une diffusion traditionnelle, mais grâce à une connexion directe et instantanée. Joëlle Cuvilliez le constate avec simplicité. Elle n’a pas échangé un lit contre un livre, mais elle a rencontré des lecteurs, et ces rencontres donnent au projet une autre portée.

Être au plus près du parcours d’un auteur

En tant que directrice de collection aux Éditions Douro, je ne vois pas mon travail comme étant simplement d’accompagner un texte jusqu’à sa publication. Je continue à le soutenir une fois qu’il est entre les mains des lecteurs. C’est ce que je fais ici, en observant comment il circule, les formes qu’il prend au contact du monde réel.

Ce que Joëlle Cuvilliez met en place avec Buen Camino s’inscrit dans cette logique. Le livre ne s’arrête pas à sa sortie. Il continue d’exister dans les lieux qu’il traverse, dans les échanges qu’il provoque, dans les liens qu’il crée.

Ce parcours à vélo prolonge le chemin initial. Il en déplace les contours, mais en conserve l’essentiel. La rencontre, le partage, et cette capacité à reconnaître, chez l’autre, une expérience déjà vécue.

Crédit photo : Joëlle Cuvilliez

Conception, réalisation : Norma Alonzo — Production : Words and Pictures Television